Faut-il acheter de l’or en ce moment ou investir dans l’immobilier

Face à l’inflation persistante et aux incertitudes économiques de 2023, beaucoup d’épargnants se posent la même question : faut-il acheter de l’or en ce moment, ou vaut-il mieux miser sur la pierre ? Les deux actifs ont leurs partisans, leurs logiques propres, et leurs risques spécifiques. L’or a longtemps été perçu comme la valeur refuge par excellence, tandis que l’immobilier reste le placement préféré des Français, ancré dans une culture patrimoniale forte. Mais dans un contexte de taux d’intérêt remontés et de marchés volatils, le choix entre ces deux options mérite une analyse sérieuse. Ni l’un ni l’autre n’est universellement supérieur : tout dépend de votre profil, de votre horizon de placement et de vos objectifs patrimoniaux.

L’état actuel du marché de l’or

L’or évolue aujourd’hui dans une fourchette de prix élevée. Autour de 1 850 dollars l’once en 2023, le métal précieux a démontré sa résilience face aux crises successives : pandémie, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques. Cette stabilité relative n’est pas un hasard. L’or ne produit aucun rendement intrinsèque, ne verse pas de dividendes, mais il conserve sa valeur sur le long terme avec une constance que peu d’actifs peuvent revendiquer.

La demande mondiale d’or reste soutenue par plusieurs forces simultanées. Les banques centrales, notamment celles de Chine, d’Inde et de Turquie, ont massivement augmenté leurs réserves ces dernières années. Cette tendance structurelle soutient les cours indépendamment des mouvements spéculatifs à court terme. La Banque de France, de son côté, maintient des réserves significatives en or, ce qui témoigne de la confiance institutionnelle dans cet actif.

Les fluctuations du dollar américain influencent directement le prix de l’or, libellé en dollars sur les marchés internationaux. Un dollar faible pousse généralement les cours à la hausse, et vice versa. En 2023, la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine a créé une pression baissière sur l’or, sans toutefois provoquer d’effondrement des prix. Ce plancher résistant autour de 1 800 dollars l’once donne aux investisseurs un signal de soutien technique fort.

Acheter de l’or aujourd’hui peut prendre plusieurs formes : lingots physiques, pièces d’or comme le Napoléon ou le Krugerrand, ETF adossés à l’or, ou actions de sociétés minières. Chaque format présente un profil de risque différent. L’or physique offre une protection maximale contre les risques systémiques, mais implique des frais de stockage et de sécurité. Les ETF or sont plus liquides mais exposent l’investisseur à un risque de contrepartie. Le choix du véhicule d’investissement est aussi déterminant que le timing d’achat.

Investir dans la pierre : forces et limites du placement immobilier

L’immobilier reste, en volume, le premier actif patrimonial des ménages français. La Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) a documenté une hausse des prix de 10 % en 2022, avant un ralentissement marqué en 2023 sous l’effet de la remontée des taux. Cette correction partielle ne remet pas en cause la solidité du placement sur le long terme, mais elle change les conditions d’entrée sur le marché.

Le principal atout de l’immobilier locatif, c’est la génération de revenus réguliers. Un bien loué produit des loyers mensuels, ce que l’or ne fait jamais. Cette capacité à générer du cash-flow distingue fondamentalement les deux actifs. Un investisseur qui achète un appartement en zone tendue peut espérer un rendement locatif brut de 4 à 6 %, selon la localisation et le type de bien. La loi Pinel, bien que progressivement réduite, a permis à de nombreux investisseurs de bénéficier de réductions fiscales significatives sur l’achat de logements neufs.

La face moins flatteuse de l’immobilier, c’est sa liquidité limitée. Vendre un bien prend du temps, génère des frais de notaire et peut s’avérer difficile dans un marché baissier. Les taux d’intérêt des prêts immobiliers, qui atteignaient en moyenne 3,5 % en 2023 selon les données de la Banque de France, ont mécaniquement réduit la capacité d’emprunt des ménages et refroidi la demande dans plusieurs grandes villes. Le Prêt à Taux Zéro (PTZ) reste accessible à certains primo-accédants, mais ses conditions d’octroi se sont resserrées.

Les contraintes réglementaires s’accumulent. Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est devenu un critère de mise en location depuis 2023 : les passoires thermiques classées G ne peuvent plus être louées à de nouveaux locataires. Cette évolution crée des coûts de rénovation parfois lourds pour les propriétaires bailleurs, qui doivent anticiper des travaux pour maintenir leur bien sur le marché locatif. Passer par une Société Civile Immobilière (SCI) peut apporter une flexibilité fiscale et successorale non négligeable, mais nécessite un accompagnement juridique adapté.

Se demander s’il faut acheter de l’or maintenant, c’est poser la bonne question

La question n’est pas rhétorique. Elle mérite une réponse directe : oui, l’or présente aujourd’hui des arguments solides pour une partie d’un portefeuille diversifié. Non, il ne devrait pas constituer la totalité d’une stratégie patrimoniale. La nuance est là, et elle est décisive.

L’or brille particulièrement dans les périodes d’inflation élevée et de défiance envers les monnaies fiduciaires. En 2023, avec une inflation qui a dépassé les 5 % en France selon l’INSEE, la capacité de l’or à préserver le pouvoir d’achat prend tout son sens. Un épargnant qui laisse son argent sur un livret A à 3 % perd en réalité du pouvoir d’achat si l’inflation dépasse ce taux. L’or, lui, ne subit pas cette érosion monétaire de la même façon.

La Société Générale et le Crédit Agricole ont tous deux intégré dans leurs recommandations patrimoniales une allocation modérée en métaux précieux, généralement entre 5 et 10 % du portefeuille global. Ce positionnement reflète une approche de diversification prudente plutôt qu’un pari spéculatif sur la hausse des cours. Acheter de l’or dans cette logique, c’est acheter de l’assurance, pas chercher à battre le marché.

L’horizon temporel change tout. Sur 10 ans, l’or a livré des performances honorables mais inférieures à celles de l’immobilier dans la plupart des grandes métropoles françaises. Sur 30 ans, les deux actifs tendent à converger en termes de préservation de valeur. La volatilité à court terme de l’or est plus élevée que celle de l’immobilier, ce qui en fait un actif moins adapté aux investisseurs avec un horizon de placement inférieur à 5 ans.

Comparatif chiffré : or contre immobilier sur cinq ans

Pour objectiver le débat, voici une comparaison des performances respectives de l’or et de l’immobilier résidentiel français sur les cinq dernières années. Les données immobilières s’appuient sur les indices publiés par la FNAIM, les données or sur les cours de clôture annuels en euros.

Année Prix de l’or (€/once) Prix moyen immobilier France (€/m²) Évolution or (annuelle) Évolution immobilier (annuelle)
2019 1 280 € 2 700 € +18 % +4 %
2020 1 620 € 2 780 € +27 % +3 %
2021 1 490 € 2 940 € -8 % +6 %
2022 1 680 € 3 230 € +13 % +10 %
2023 1 730 € 3 100 € +3 % -4 %

Ce tableau révèle une réalité souvent ignorée : les deux actifs ne sont pas corrélés. L’or a surperformé en 2020, année de crise sanitaire mondiale. L’immobilier a dominé en 2022, portée par une demande soutenue et des taux encore bas. En 2023, le retournement partiel du marché immobilier contraste avec la stabilité relative de l’or. Aucun des deux actifs ne domine l’autre de façon permanente : c’est précisément pourquoi les combiner dans un portefeuille diversifié a du sens.

La vraie question n’est pas « l’un ou l’autre », mais « quelle proportion de chacun selon ma situation ». Un investisseur avec une capacité d’emprunt solide et un horizon de 20 ans aura intérêt à privilégier l’immobilier locatif, qui bénéficie de l’effet de levier du crédit. Un épargnant sans dette, proche de la retraite, cherchant à protéger son capital contre l’inflation, trouvera dans l’or une réponse plus adaptée. Se faire accompagner par un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant reste la meilleure façon de trancher selon sa situation personnelle, sa fiscalité et ses objectifs à long terme.